JUIFS ET NOIRS DESTINS PARALLELES et AMITIES JUDEO NOIRES

Ecrit par admin sur . Publié dans

En septembre 2004, décision est prise de créer l’Amitié judéo-noire.
Ses membres se donnent pour mot d’ordre d’exclure le nom de l’humoriste Dieudonne  de leur vocabulaire.

 
N. G. Edouard, vice-président de l’Amitié Judéo-noire

L’association prend une dimension politique ; elle vise à prévenir les risques de conflits, à l’image de ceux qui ont eu lieu aux États-Unis. En 1991 à Brooklyn, Juifs et Noirs se sont affrontés pendant trois jours, au cours desquels un jeune juif a été poignardé, après qu’un rabbin eut accidentellement tué un jeune noir en conduisant.
 
Le bureau veut mettre l’accent sur ce qui rapproche les deux peuples. Le 6 février 2005, Black Israël, un film de Maurice Dorès, est diffusé à Paris. Ce documentaire donne la parole à des Noirs, juifs et non-juifs, qui expriment leur rapport au judaïsme et à Israël. La caméra nous emmène aux États-Unis et en Israël auprès des Beta-Israël (Falashas), et d’une communauté de Noirs non-juifs qui se font appeler les Hébreux noirs.

Le film est diffusé au cinéma « Images d’ailleurs », un choix réfléchi, précise Yves-Victor Kamami : « C’est un endroit symbolique de la communauté noire. Lorsque l’on a organisé des événements à l’Espace Rachi ou à l’Alliance israélite universelle, les Noirs ne sont pas venus. Certains ont même fait demi-tour en voyant le service de sécurité. »

 Deux cents personnes se massent dans la petite salle. Le film ébranle les préjugés, et la présence de Cheik Doukouré, très respecté, asseoit la légitimité de l’Amitié judéo-noire.
 
Puis sont organisés des concerts, des projections et des colloques sur les thèmes « Génocide juif,  génocide noir, esclavage ». Patrick Lozès, président du CAPDIV (Cercle d’action pour la promotion de la diversité en France), prend bientôt contact avec l’Amitié judéo-noire. Au CAPDIV, on réfléchit à la relation des Noirs à la société française et à la façon dont ils sont perçus par les Blancs. Patrick Lozès interroge Yves-Victor Kamami sur le fonctionnement du CRIF. « Il m’a demandé : « Est-ce qu’on pourrait créer un CRIF noir ? ». »

De là naît l’idée de ce qui deviendra, moins d’un an après, le Conseil représentatif des associations noires. Les partis politiques perçoivent d’un assez mauvais oeil la création du CRAN. « Ils ont peur parce qu’avec le CFCM, le CRAN, les Arméniens, la majorité risque de ne plus se sentir la majorité. Mais nous ne sommes pas là pour leur faire plaisir, nous assumons ce que nous sommes », tonne Yves-Victor Kamami. La similitude entre le CRAN et le CRIF fait gloser. Pour Abdoulaye Barro, « il ne faut pas que les Noirs se déterminent pas rapport aux Juifs ». Michel Charzat, députémaire PS du 20e arrondissement de Paris, ardent défenseur de la laïcité et qui avait accueilli un colloque sur les Juifs et les Noirs, estime que le CRAN traduit la montée du communautarisme et n’y voit qu’un lobby. L’absence de Gaston Kelman prouverait le peu de crédit que l’on doit prêter à la démarche. Au sein de la communauté noire, l’auteur de Je suis noir et je n’aime pas le manioc incarne le Noir « politiquement correct », ce qui lui vaut d’être traité d’« assimilationniste ».

Les amalgames

La « concurrence victimaire » vient rappeler que la proximité des destins ne protège pas de l’hostilité que l’on connaît aujourd’hui. Une association antillaise a eu le mauvais goût de se choisir pour nom « Collectif des fils et filles africains de déportés ».
 
Dieudonné, suivant les pas de Farrakhan, stigmatise les Juifs. La revendication identitaire s’affirme à travers un discours de victimisation où les Juifs sont pris à la fois comme étalon et comme bouc émissaire.
 
C’est à l’aune de la commémoration du soixantième anniversaire de la libération des camps que s’est mesuré le manque de reconnaissance de l’esclavage. Et l’amalgame entre génocide et crime contre  l’humanité traduit une volonté de comparer Shoah et esclavage. Les Juifs sont accusés d’avoir participé à la traite négrière. « Si esclavage et colonisation se sont rejoints aux XVIIe et XVIIIe dans le commerce triangulaire pratiqué par des commerçants, et non par des colons, l’esclavage n’est pas inhérent à la colonisation occidentale, il existait des millénaires avant et exista après. Bien au contraire, la colonisation entraîna la disparition de l’esclavage dans les colonies. (…) L’esclavage était pratiqué par les Arabes et les Noirs depuis des siècles. Les ethnies noires se réduisaient en esclavage entre elles et ce sont des chefs noirs qui, par des razzias, alimentaient les négriers occidentaux aux XVIIe et XVIIIe siècles, ce qu’on oublie trop souvent de rappeler. (…) Les Arabes réduisirent en esclavage pendant des siècles non seulement des Noirs, mais aussi des chrétiens par des razzias sur les côtes occidentales et la piraterie barbaresque. (…) L’église catholique les racheta pendant des siècles. C’est cette piraterie qui fut le motif essentiel de la colonisation de l’Algérie », commente Louis Chagnon, professeur d’histoire.

Des attentes différentes

Dans un tel contexte, les Juifs noirs sont les médiateurs idoines ; Nduwa Guershon Edouard l’expérimente sans cesse : « Face à une assemblée de Noirs hostiles, il est arrivé que ma seule présence à la tribune légitime le message d’un correligionnaire. »
 
Mais cette double identité est aussi mal comprise : « On voudrait trop souvent chez les Noirs que je choisisse, que je sois plus noir que juif. » Pour apaiser le climat, les Juifs peuvent apporter leur expérience.
 
En février, l’Union des étudiants juifs de France a organisé un voyage au Rwanda, intitulé « Se souvenir, soutenir, construire l’avenir », avec des étudiants juifs et tutsis, et des personnalités noires. Reste qu’en France les relations entre Juifs et Noirs courent le risque de l’incompréhension face à des attentes différentes.Dans La Tache (Gallimard), Philip Roth met en scène un Noir, à la peau très claire, qui dissimule sa négritude sous les traits d’un Juif pour gagner son ticket d’entrée dans la société blanche. Étrange position qui fait des Juifs l’instrument de la réussite des Noirs. « Les Juifs, dans l’imaginaire des Noirs, sont les riches. Confusément, les  Noirs attendent d’eux une ascension sociale, une représentation médiatique. Il est certain qu’on peut les aider sur la discrimination, mais on ne peut pas aller plus loin », explique Yves-Victor Kamami. L’Amitié judéo-noire s’est engouffrée dans les manuels scolaires en plaidant pour la mémoire de l’esclavage auprès de l’Éducation  nationale. Elle veut aussi sensibiliser la communauté juive aux discriminations à l’embauche. La démarche de l’Amitié judéo-noire est la réalisation concrète de l’un des axes prioritaires des institutions juives : le rapprochement avec d’autres minorités. Il s’agit de créer un dialogue des modérés autour d’un socle de valeurs communes et, au-delà, de trouver des soutiens à la lutte contre l’antisémitisme et à Israël. Entre ces deux espoirs, le désenchantement pourrait s’installer. De fait, l’exemple américain n’est pas brillant. « Les Juifs ont soutenu les Noirs dans leur conquête des droits civiques. Mais aujourd’hui ils leur en veulent de leur ingratitude. Les Noirs, eux, sont déçus de n’avoir pu atteindre la même prospérité », explique Lawrence Thomas, universitaire américain, juif et noir.
C’est justement ce que l’on souhaite éviter à l’Amitié judéo-noire. La volonté de dialogue ne doit pas masquer la forte hostilité. En témoigne l’affaire Finkielkraut qui voit Dieudonné et le philosophe fréquemment renvoyés dos à dos. Surtout, parce qu’ils sont pris comme modèles, les Juifs s’exposent à un effet boomerang : un échec des Noirs créerait immanquablement du ressentiment

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mots-clefs :

Rétrolien depuis votre site.

admin

This information box about the author only appears if the author has biographical information. Otherwise there is not author box shown. Follow YOOtheme on Twitter or read the blog.