Lundi 9 janvier 2012 : ET TU CHOISIRAS LA VIE: ETRE MEILLEURE PROFESSIONNELLE EN PSYCHOLOGIE GRACE A LA TORAH

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« ET TU CHOISIRAS LA VIE….. »

Conference donnee a Jerusalem  le 9.01.12 par RUTH OLIVIER psychologue experimentee qui  pratique l’aide therapeutique a certains malades du cancer grace a des pratiques et des connaissances psychologiques

Ce titre est tiré du Deutéronome, des parachiot Réé et Nitsavim. Je me propose de    vous exposer comment j’articule ce titre avec ma pratique de psychologue.

 Certains considèrent que la Torah doit rester du domaine des rabbins et que la psychologie doit rester du domaine des psychologues. Personnellement ce qui m’intéresse c’est de faire le lien entre la Torah et ma pratique professionnelle.

 J’ai découvert le judaïsme au moment même ou je commençais mes études de psychologues et je me suis vite aperçue qu’il était parlé de la même chose mais de manière différente et avec des mots différents :

–       les mots symboliques de la Torah, et l’imagerie qui lui est propre,
–       les mots modernes du 21ème siècle pour les cours de psychologie

Mais le message est le même : 
 : apprendre à vivre mieux ou apprendre à vivre, tout simplement.

 Depuis que je vis à Jérusalem -cela fait 5 ans maintenant- ce message a pris pour moi une dimension encore plus profonde  et cela colore ma pratique professionnelle d’une dimension tout-à-fait particulière. En effet ce n’est pas rien que d’être juive, thérapeute, vivant ici en Israël, et qui plus est, à Jérusalem. Et la phrase : « Et tu choisiras la vie… » vient prendre, pour moi, ici, tout son sens.

 Je vais donc vous exposer comment le fait de lire la Torah à partir de mon regard de  psychologue me permet de travailler d’une façon plus efficace et plus adapté au pays dans lequel je vis.

 Ce qui va suivre est une élaboration très personnelle qui n’a pas valeur d’exemple. Je ne suis pas une théoricienne de la psychologie, je ne suis pas davantage une spécialiste de la Torah, ni même une intellectuelle au sens stricte du terme. Ce qui suit est, tout simplement, la mise en mots de mon expérience professionnelle et personnelle au regard de ma lecture de la Torah.

Je vous propose donc de vous expliquer notre fonctionnement psychique avec les mots de la Torah ou de comprendre certains passages de la Torah au regard du fonctionnement psychique.

 LA QUESTION DU CHOIX

 Cette phrase « Et tu choisiras la vie… » m’a interpellée. Je n’en comprenais pas le sens car je me disais que je n’avais justement pas choisi de naître et, qu’étant née, je n’avais pas choisi de mettre fin à mes jours. Qu’en tout état de cause tout m’était imposé. Pourquoi la Torah me parlait-elle de « choisir la vie » ?

 De plus, le fait d’être en vie, d’avoir des enfants et des petits-enfants nous donne l’impression (et en même temps c’est une réalité) d’avoir choisi de vivre.

Cette phrase restait obscure.

 Pourtant, au fur et à mesure où j’avançais dans ma pratique de psychologue, j’ai commencé à comprendre que de nombreuses personnes faisaient des « choix de vie », comme l’expression le dit bien, qui était en vérité des choix de mort. C’est-à-dire « des choix de vie » qui leur étaient totalement préjudiciables mais qui avait l’apparence d’être des choix de vie.

 Je vous donne quelques  exemples :

–       C’est l’exemple de l’artiste qui prend de la drogue pour développer sa créativité,
–        ou de celui qui choisit de faire des sports à risque pour se donner l’illusion de vivre pleinement,
–       ou de ceux qui multiplient les expériences sexuelles pour se donner l’impression de vivre libre de toutes contraintes, etc… 

Donc, dans ma pratique de psychologue j’ai compris que le verbe « vivre » dépendait de l’appréciation de chacun et que « choisir » un certain type de vie ne pouvait  pas correspondre à ce que la Torah nous propose, à savoir de « choisir La vie ».

Ainsi « choisir la vie » ne se résume pas à « faire un choix de vie » ou à être « en vie », tout simplement.

 Dans le texte de la Torah nous voyons qu’il s’agit d’une injonction qui s’adresse aux vivants : c’est toi, qui est vivant, qui lit ce texte, c’est à toi que  je demande de choisir la vie.

Je vous cite les deux passages tirés des deux parachiot :

 Ree § 11 verset 26 : Voyez, je vous propose en ce jour, d’une part, la bénédiction, la malédiction de l’autre : la bénédiction, quand vous obéirez aux commandements de l’Eternel, votre Dieu et la malédiction, si vous n’obéissez pas.

 Nitsavim § 30 verset 15 : Vois, je te propose en ce jour, d’un côté, la vie avec le bien, de l’autre, la mort avec le mal. En faisant ce que je te recommande en ce jour : aimer l’Eternel, ton Dieu, marcher dans ses voies, garder ses préceptes, ses lois et ses décrets, tu vivras, tu grandiras et tu seras béni de l’Eternel, ton Dieu…

Verset  19 : J’ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, Et tu choisiras la vie et tu vivras alors toi et ta postérité. Aime l’Eternel, ton Dieu, écoute sa voix, reste-lui fidèle. … »

 Comme nous l’observons dans ces textes il est fait un lien entre choisir la vie, la bénédiction, le bien, le bonheur et le respect des commandements, l’amour de l’Eternel. Nous allons essayer de cerner en quoi consiste le respect des commandements et « l’amour de l’Eternel » avec les mots de la psychologie moderne, puisqu’il n’y a pas de choix de vie au sens profond et fort du terme si ces deux conditions ne sont pas remplies.

 Tout d’abord quel est le plus grand commandement ? « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Puisqu’il est dit que c’est la phrase qui résume la Torah. Or, nous allons voir qu’effectivement nous aimons notre prochain comme nous nous aimons nous-mêmes, c’est-à-dire : mal !

 J’ai travaillé vingt ans dans un service d’hématologie et j’ai accompagné la fin de vie de nombreuses personnes. Or, comme vous ne le savez peut-être pas, de nombreuses choses se dévoilent à la fin de la vie, les mécanismes de défense se relâchent car il y a moins d’enjeux à préserver, la parole se libère et  par conséquent les relations deviennent plus libres et plus riches.

 La majorité des personnes malades que j’ai accompagnées étaient des personnes  dites « normales »  qui s’étaient comportées dans la vie « normalement » et qui ne comprenaient pas pourquoi elles étaient atteintes dans leur corps.

Parmi tous ces malades beaucoup avaient eu une bonne hygiène de vie, certains étaient de grands sportifs, de grands artistes, de grands entrepreneurs,  et soudain ils tombent malades !

 Un monsieur dont je me souviens très bien me disait : – « je ne comprends pas, j’ai toujours bien mangé, sainement, je n’ai jamais trompé ma femme, j’élève bien mes enfants, je n’ai jamais fait de mal à personne, ni tué, ni volé, pourquoi cette maladie ? »

Très spontanément et chez tous les malades j’ai entendu la question : « pourquoi » ? C’est-à-dire qu’à leur insu (ceci est très important car ils ne sont pas conscients des implications de ce qu’ils disent) ils recherchaient du sens à ce qui leur arrivait et ils faisaient un lien entre la maladie, qu’ils vivaient comme une punition, et la bonne conduite qui, d’après eux, avait été la leur.

 Les médecins leur répondaient que c’était le hasard, qu’ils avaient dû respirer des matières toxiques, qu’ils avaient une fragilité génétique, même si personne n’avait jamais été malade dans leur famille, qu’ils habitaient à côté d’une centrale nucléaire, etc. En un mot les médecins qui ne pouvaient pas expliquer l’origine de la maladie les détournaient d’une recherche de sens qui aurait pu, à l’occasion de la maladie, s’amorcer. Puisque ce sont toujours des événements douloureux qui nous poussent à chercher du sens.

A partir de ces deux positions, de ces deux manières de réagir : celle du médecin et celle du malade nous observons  comment fonctionne le psychisme et quelle différence existe entre ces deux manières d’appréhender la réalité.

Le médecin recherche la cause de la maladie  alors que le malade est poussé intuitivement ou consciemment -selon son degré de maturité affective- à rechercher le sens.

 Ces recherches-là, recherche de la cause et recherche du sens, vont faire appel à des modes de fonctionnement différents au sein du psychisme, au sein de notre psychisme

 Pour que le fonctionnement psychique nous paraisse plus clair on peut le comparer à un iceberg :

–       1/10 est visible à la surface de l’eau, représente notre conscient,

–       les 9/10 restants, invisibles sous l’eau,  représente  notre inconscient.  

 Comme vous le remarquez, l’inconscient, bien que nous n’en ayons pas conscience, par définition, occupe une place prépondérante.

 Entre les deux : les mécanismes de défense qui empêche l’inconscient d’envahir le conscient. Pourtant ces mécanismes de défense se doivent d’être souples afin de permettre le passage du conscient vers l’inconscient et réciproquement de l’inconscient vers le conscient.

Exemple : le rêve. Le rêve est une manifestation de notre inconscient dont nous pouvons nous souvenir une fois réveillé, c’est-à-dire une fois devenus conscients.

 Ces deux parties de notre psychisme, la partie consciente, qui investit le monde extérieur et la partie inconsciente qui attend qu’on veuille bien s’occuper d’elle, ces deux parties donc, fonctionnent très différemment ; et pourtant elles vont devoir fonctionner ensemble et fonctionner le plus harmonieusement possible.

En quoi consiste leur différence ? 

 La partie consciente fonctionne d’une manière linéaire,

La partie inconsciente fonctionne d’une manière circulaire.

 Que signifie linéaire ? C’est-à-dire que la partie consciente est soumise à la temporalité. Pour elle il existe un Passe, un Présent et un Futur. Si une cause a eu lieu dans le passé elle aura des conséquences dans le présent et dans le futur. Il n’y a pas de retour en arrière possible. C’est le monde du déterminisme. C’est le monde de la science, du savoir, etc.

 Que signifie circulaire ? Circulaire signifie que nous allons pouvoir vivre notre déterminisme selon des degrés de conscience différents. Ce sera toujours le même type de difficultés que nous aurons à vivre mais à chaque fois que la difficulté nous sera présentée au moyen d’un événement quelconque nous l’aborderons de façon différente et chaque fois de plus en plus consciente jusqu’à ce que ce tout soit dépassé, rédimé.

Donc, nous n’allons pas sortir de notre déterminisme, mais comme Moïse nous l’a appris, c’est en exerçant notre libre arbitre, c’est-à-dire en donnant du sens aux événements quels qu’ils soient, -tant les événements psychiques comme les rêves que les événements traumatiques qui nous viennent de l’extérieur- que nous allons comprendre que la Réalité n’est pas réduite à la seule apparence mais que la Réalité est faite de niveaux de conscience différents qui vont jusqu’à la prophétie.

 Cette  partie inconsciente dans laquelle, si nous choisissons de vivre, nous allons pénétrer,  est subjective, émotionnelle, indéterminée et en potentialité. A un certain niveau d’intériorité tout est potentiellement possible. Et déjà, à notre petit niveau de psychologue la descente dans l’inconscient permet des rétablissements spectaculaires.

 Revenons maintenant à notre relation médecin/malade.

Le médecin fait fonctionner son intellect, c’est-à-dire sa logique causale puisqu’il cherche une cause.

Le malade va plutôt contacter  sa subjectivité : il a peur, il est triste, il est en colère et il cherche du sens. Il entre ainsi dans un processus qui n’est plus logique et objectif mais analogique, circulaire, c’est-à-dire dans un processus d’associations d’idées. 

Voici un exemple : Le malade pose la question au médecin de savoir si sa maladie a pu être déclenchée par son divorce, ou son licenciement, ou le mariage de son enfant, etc. cette première recherche d’une explication est la première étape dans le processus de recherche de sens. Certes, le divorce, le licenciement ou le mariage de l’enfant peuvent être l’élément déclencheur de l’apparition de la maladie mais en aucun ils n’en sont la raison, ils n’en sont la cause.

Il est très important de savoir que le processus de recherche de sens peut rencontrer sur son chemin des causes et des raisons mais ne doit en aucun cas s’y arrêter. Le processus de recherche de sens doit rester ouvert car il est infini. Chaque niveau de conscience atteint peut nous révéler des éclairages plus subtils, plus profonds.

 En tout état de cause, cette manière de faire du malade ne peut en aucun cas être prise en compte par le médecin. Le médecin, quant à lui, recherche le dysfonctionnement biologique ou le virus, ou toute autre cause objective.

 La relation entre les deux est donc très difficile puisqu’ils ne parlent plus le même langage.

Du côté du médecin : une recherche linéaire, logique et temporelle faisant appel à une mémoire intellectuelle et à un savoir acquis.  C’est ce qu’on appelle le déterminisme. C’est le monde de la science.

Du côté du malade : un cheminement  analogique reposant principalement sur des associations d’idées à substrat affectifs. Ce type de fonctionnement là, quand il est guidé et accompagné, peut conduire à une libération du déterminisme c’est-à-dire à une guérison.

 Si nous voulons être et rester équilibrés psychologiquement, ces deux modes de fonctionnement antinomiques vont devoir fonctionner en harmonie et en authenticité.

 Comment ces deux aspects de nous-mêmes vont ou peuvent fonctionner en harmonie et en authenticité ?

 Je vais l’expliquer à l’aide d’un exemple simple :

 Vous partez en vacances et vous avez plusieurs manières de vous exprimer :

–       à votre voisine de palier vous dites : « demain, je pars en vacances », voilà une information totalement objective.

–       A votre mère vous dites : « je suis très contente de partir demain en vacances », parce que vous ne voulez pas l’inquiéter.

–       Et à votre meilleure amie vous dites : « j‘appréhende vraiment de partir en vacances demain. » 

 Ces deux dernières manières de  s’exprimer vont articuler l’information objective à une coloration subjective mais laquelle de ces deux associations sera pour le sujet l’expression de son authenticité ? La personne qui s’exprime ainsi  est-elle contente ou appréhende-t-elle ? Quelle est l’authenticité de son « Je » ? Où est-elle ? Où en est-elle avec elle-même ?

En psychologie nous appelons cela : un conflit.

Le conflit reste inconscient et ce sont seulement ses manifestations extérieures que nous percevons. C’est l’exemple du cadavre dans la cave dont nous percevons l’odeur dans la maison mais dont nous ignorons qu’elle provient d’une cause cachée.

 Donc, pour fonctionner en harmonie et en authenticité avec nous-mêmes nous devons dire un « Je » qui soit la juste expression de notre ressenti, face à une situation objective.

Le « Je » dont je parle ici n’est évidemment pas le « Je » narcissique et égoïste de celui qui ne pense qu’à lui. C’est le « Je » en vérité : c’est-à-dire : je pense/ressent une chose, je la dis, c’est-à-dire je la partage aux autres et je la fais. Etre, de telle manière que ces trois aspects de nous-mêmes, ne fasse qu’Un. Bien sûr c’est impossible à réaliser mais c’est ce vers quoi nous devons tendre « si nous choisissons la vie ».

Les commentaires de la Torah nous donne l’exemple de l’archer ??? mot qui signifie également « vérité », cet archer donc tend son arc et vise le centre de la cible afin de l’atteindre ; c’est nous qui tentons d’être ajusté mais nous n’y arrivons pas ou très rarement ou très ponctuellement. L’archer tire sa flèche, elle n’atteint pas le centre de la cible et l’écart qui existe entre elle et le centre s’appelle : ??? traduit improprement par « la faute ». Dans le judaïsme la faute n’a pas la connotation culpabilisante comme dans d’autres religions, la faute c’est simplement l’écart qui existe entre ce qui devrait Etre et ce qui Est.

 Comment ce « Je » peut-il être en vérité ?

Le « Je » sera en vérité s’il prend en compte, dans un même mouvement, la réalité extérieure et la réalité intérieure, subjective et authentique pour poser un acte qui soit l’expression d’une pensée, d’une parole et d’un ressenti.

 Ne pas arriver à cette unité intérieure et à son ajustement dans l’extériorité, nous renseigne donc sur nos conflits inconscients.

La particularité du conflit c’est qu’il est inconscient. Nous ne pouvons en percevoir que les conséquences dans nos vies : tristesse, découragement, échec, maladie, agressivité, etc.

Mais reprenons notre exemple : la personne qui dit à sa mère qu’elle est contente de partir en vacances alors que ce n’est pas vrai va déclencher une migraine.

A partir de ce symptôme il y  aura deux manières d’agir :

            – soit vous fonctionnez d’une manière objective, logique, causale : j’ai mal à la tête donc je prends un comprimé pour faire passer mon mal de tête,

            – soit vous cherchez le sens de ce symptôme et par associations d’idées vous réalisez que vous avez transmis une même information de deux façons diamétralement différentes. Vous vous posez la question de votre ressenti authentique. Vous vous posez la question de savoir pourquoi vous avez pris la peine d’exprimer à votre mère un ressenti qui n’était pas la vérité ? Vous vous laissez associer librement autour de l’événement et vous finissez par prendre conscience que vous portez les angoisses de votre mère et que, pour ne pas accepter de voir ce fait, en vous, vous lui mentez, à elle.

 Tout cela pour dire que pour prononcer un « Je » qui soit une relation à soi-même, authentique il faut avoir fait un grand travail de Téchouva, c’est-à-dire de retour à soi-même. Sinon notre « Je » reste dépendant de nos conflits intérieurs non résolus, non repérés, non nommés.

 Tout ceci ne signifie pas qu’il faille se comporter tout le temps en vérité vis-à-vis de soi-même mais qu’il faut Etre en vérité vis-à-vis de soi-même.

Je m’explique : si votre mère est une personne angoissée et qu’elle ne cherche pas à résoudre ses angoisses mais qu’elle préfère vous les voir porter, (tout ceci étant très inconscient chez elle) une fois que vous aurez pris conscience de ces projections à elle, sur vous, vous pourrez continuer à la rassurer sans pour autant être la victime de son mode de fonctionnement.

 Et comment pourrez-vous arriver à cette libération ?

 Simplement parce que vous vous serez rendu conscient du dysfonctionnement de la relation.

En un mot : votre situation reste installée dans un déterminisme, vous avez toujours la même mère angoissée, mais vous êtes montés d’un cran sur l’échelle de la conscience et ainsi vous vous êtes libérés des conséquences négatives du dysfonctionnement de la génération qui vous précède.

 Ce travail sur soi-même  nous permet donc d’être et de rester en accord avec nous-mêmes au sein même d’une situation de discorde ou de dysharmonie.

 Cette capacité à dire « Je » en vérité va donc être thérapeutique, c’est-à-dire libératrice. Nous allons ainsi sortir de nos étroitesses intérieures, de nos Egyptes intérieures et petit à petit accéder à la véritable libération sur ce chemin qui nous conduit vers nous-mêmes.

 Le midrach nous pose la question : « quand tu seras devant le maître du monde on ne te demandera pas si tu as égalé Moïse ou Rabbi Zérah mais bien si tu as été toi-même ».

Etre soi-même voilà bien la grande question car souvent dans de nombreux esprits « être soi-même » est associé à « égoïsme, égocentrisme, narcissisme » et « absence de relation aux autres ». Or, c’est exactement le contraire car de la qualité de la relation que nous entretenons à nous-mêmes, dépend la qualité de notre relation aux autres. Evidemment il ne s’agit plus de relations sociales, superficielles, mais bien de relations de qualité et d’intimité avec d’autres et avec l’autre (le vis-à-vis) et le grand Autre avec un grand A.

 Mais maintenant si votre tempérament ne vous porte pas à vouloir rassurer votre mère mais plutôt à l’agresser en lui reprochant de toujours vous empêcher  de faire ce que vous avez envie de faire, vous créez un autre type de dysharmonie relationnelle, moins intériorisée certes mais tout aussi néfaste.

 Donc pour en revenir à notre phrase du début si « choisir la vie » c’est choisir d’aimer son prochain comme soi-même, nous comprenons mieux qu’être en harmonie et en authenticité avec l’autre dépend vraiment de l’harmonie que nous avons travaillé à obtenir en nous-mêmes.

Nous observons donc une dialectique entre soi et l’autre, entre la qualité de la relation que j’entretiens avec moi-même génératrice d’une relation aux autres de même qualité. Si je suis en dysharmonie avec moi-même ce sont toutes mes relations qui en seront perturbées.

 Quand dans les 10 paroles il est écrit : « tu ne tueras point, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne feras pas de faux témoignage, tu ne convoiteras pas, etc », nous comprenons bien que ces directives pour être vécues sans contrainte doivent émaner d’un être aligné. D’un être à l’écoute de lui-même, suffisamment conscient que tuer, voler, mentir, jalouser ne sont que des dysfonctionnements d’un être qui ne s’est pas encore nettoyé de ses conflits intérieurs.

 Les personnes qui s’adressent à moi sont des personnes en difficulté. Le lien authentique à leur intériorité est difficile voire impossible dans les cas de pathologies graves.

Ces difficultés, on ne peut les résoudre seul. Il faut être deux. Il faut avoir un « ben-zoug », un vis-à-vis, dont un au moins, sur les deux, a une relation à son intériorité.

 Je reprends l’exemple ci-dessus. La personne qui dit à son amie : « J’appréhende de partir en vacances ». Comment peut répondre l’amie et comment peut répondre le psy ?

Ces exemples sont caricaturaux bien sûr, ils sont simplement là pour mettre en évidence des  modes de fonctionnement différents.

 L’amie peut répondre : « Mais non, tout ira bien, tu verras, ne t’inquiètes pas inutilement, fais-toi confiance, prends soin de toi, fais-toi plaisir, etc. » toute une série de conseils qui rassurent peut-être momentanément mais qui ne servent strictement à rien en matière de soulagement profond, de libération intérieure.

Le psy répondra : « vous appréhendez ? De quoi avez-vous peur, que craignez-vous ? Quels souvenirs avez-vous en relation avec les vacances, pourquoi les vacances qui sont en général des circonstances agréables entrainent-elles chez vous ces craintes, etc. »

Il suscitera chez son patient des associations d’idées qui pourront le conduire à retrouver dans le passé, l’origine de ses tensions actuelles. Une fois l’origine trouvée, le symptôme disparaît.

(j’ai pris là un exemple pédagogique d’une simplicité inexistante. Dans les cas de symptomatologies lourdes les problématiques sont complexes et donc difficiles à dénouer.)  Disons que ça prend du temps.

 Cette nécessité du « ben-zoug », du vis-à-vis, ayant un rapport à son intériorité, apparaît dans les tout premiers versets de la Torah par l’apparition de Ish véIsha traduit traditionnellement par « l’homme et la femme » alors qu’il serait plus approprié de le traduire par  « masculin et  féminin ».

 Après que l’être humain, Adam, ait été créé Zahar VéNékeva, c’est-à-dire mâle et femelle,

L’Eternel Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’être humain soit seul, je lui ferai une aide contre lui. ?? ??? ???? ???? ???? ???? ?? ??? ?????

Or, l’être humain n’est pas seul puisqu’il est créé avec son complément sexuel : il y a des mâles et des femelles.

 Quelle est donc cette solitude dont souffre l’être humain ? 

A mon avis l’être humain ne peut se contenter, comme tous les mammifères, d’avoir une relation strictement biologique, sexuelle, à son partenaire. Il a besoin d’autre chose, il a besoin d’une relation signifiante. Or, cette relation signifiante s’opère au moyen du langage ce qui nous est expliqué dans le passage suivant :

L’être humain imposa des noms à tous les animaux qui paissent, aux oiseaux du ciel, à toutes les bêtes sauvages ; mais pour lui-même, il ne trouva pas  d’aide contre lui.

 ??? ?????  ????? ?? ???

Donc il lui faut autre chose et le texte se poursuit :

 L’Eternel-Dieu fit peser une torpeur sur l’être humain, qui s’endormit, il prit un de ses côtés, et forma un tissu de chair à la place. L’Eternel-Dieu organisa en une Isha le côté qu’il avait pris à l’être humain et il la présenta à l’être humain. Et l’être humain dit : « Celle-ci, pour le coup, est un membre extrait de mes membres et une chair de ma chair ; celle-ci sera nommée Icha parce qu’elle a été prise de Ich. 

 Cette description nous démontre que l’aide dont l’être humain a besoin n’a pas été prise à l’extérieur de lui-même mais que cette aide constitue une partie de lui-même. En tant que psychologue je peux donc traduire Isha, non pas par « femme » comme le font les traductions habituelles, mais bien par « féminin ». C’est-à-dire cette partie de nous-mêmes qui se cache en nous et dont la présence ne nous est pas évidente. Elle peut nous être dévoilée par les rêves, les actes manqués, les symptômes, et/ou, tout simplement par mes projections sur l’autre. C’est ce qu’on appelle en psychanalyse : le transfert et le contre transfert.

 Le féminin en nous, hommes et femmes, c’est cette partie subjective, affective, émotionnelle, analogique, qui utilise le détour et non pas la ligne droite, la réceptivité et non pas l’action. Comme je vous le disais tout à l’heure : l’inconscient attend qu’on veuille bien s’intéresser à lui pour le nommer !

 Le féminin, à l’instar du sexe de la femme, est caché à nos regards car il est principalement inconscient. Alors que le masculin, à l’instar du sexe de l’homme, est la partie visible de nous-mêmes, qui agit sur et dans l’extériorité, en un mot notre conscience. 

 Un être humain, quel que soit son sexe est donc constitué de ces deux parties : une partie consciente Ish et une partie inconsciente Isha, une partie qui le fait agir dans l’extériorité et une partie intime en potentialité de gestation. Seule, la relation entre les deux permettra d’accoucher de son identité.

Bien évidemment la femme sera par la nature même de son sexe plus naturellement portée vers les valeurs de sa symbolique (bien qu’il existe de nombreuses exception à cela), de même pour l’homme : l’homme investira bien plus naturellement le monde extérieur. 

Quand dans le Judaïsme on dit qu’un homme n’est pas entier tant qu’il n’est pas marié, alors que la femme oui, est entière, même sans être mariée, cela signifie qu’un homme n’est pas attiré de manière naturelle et spontanée, vers son intériorité, qu’il est sans arrêt poussé à investir le monde extérieur jusqu’à parfois, se couper totalement de toute subjectivité.
Une femme, en règle générale, peut agir sur le monde extérieur sans être coupée de sa subjectivité. Elle est donc, beaucoup plus naturellement et spontanément, entière.

 Dans la Torah il est écrit que Isha a été prise de Ish. « celle-ci sera nommée Icha  parce qu’elle a été prise de Ich »  Or, elle n’a pas été prise de Ish puisqu’elle a été prise de Adam, mais je comprend cela comme étant  une manière de dire que c’est grâce à notre capacité Ish à nommer notre intériorité Isha que nous allons devenir « Basar Ehad », une seule chair : « cette fois-ci elle est un membre de mes membres et une chair de ma chair ». Parce que je l’aurais nommée, parce que je l’aurais reconnue.

 Cette séparation entre Ish et Isha, entre notre conscient et notre inconscient, entre notre capacité à agir dans l’extériorité et notre subjectivité, va créer les conditions de cette aide dont nous avons besoin pour ne pas nous sentir seuls : à savoir une relation signifiante à l’autre et à nous-mêmes et réciproquement à toute fin de retrouver l’unité première.

 La partie Ish de nous-mêmes c’est la partie qui nous permet d’être conscients de nous-mêmes, conscients de notre complexité, conscients de notre capacité créatrice. Mais la partie Isha n’est pas réduite à la simple subjectivité ; elle se doit d’être éthique. En un mot il existe plusieurs niveaux de subjectivité, la subjectivité de tous les jours, et la subjectivité éthique. Comme je le disais tout à l’heure il existe une échelle de valeurs.

 Et là je vais quitter le texte de la Torah pour évoquer le texte du Shema Israël dans lequel il est dit : 

 Si vous  écoutez les préceptes que je vous ordonne aujourd’hui, d’aimer l’Eternel votre Dieu vous aurez tout ce dont vous aurez besoin dans votre vie quotidienne. Mais si  vous suivez des Elohim aRerim, des dieux autres, c’est-à-dire si vous vous investissez dans des activités autres au détriment de l’essentiel, vous perdrez tout.

 Cette manière symbolique qu’a le Shema Israël de s’exprimer (à l’époque on ne parlait pas de conscient et d’inconscient, d’objectivité et de subjectivité, d’éthique ou de quoique ce soit d’autre) se doit d’être décodée si nous voulons en tirer du sens pour nous aujourd’hui.

 Je parlais plus haut d’acte signifiant, c’est-à-dire que si nous allons à la synagogue ce n’est pas pour réciter des textes ou des prières mais bien pour tirer du sens de ces messages plus ou moins cachés dans les textes et dans les prières, messages qui vont nous aider à développer notre capacité à vivre pleinement et à nous éloigner de ce qui entrave nos possibilités d’évolution.

 Donc, que signifie « aimer l’Eternel notre Dieu » ?

 « Aimer » est bien Le concept subjectif par excellence.

 Je dois dire qu’en psychanalyse c’est toujours autour des perversions de ce concept que nous travaillons. A ce titre il existe nombre de livres traitant du sujet que certains d’entre vous connaissent peut-être :

 –       « C’est pour ton bien » d’Alice Miller

–       « Les gens du mensonge » de Scott Peck

–       « Parents toxiques » de Susan Forward

 Ces livres décrivent la perversion qui s’installe entre une interprétation fausse de la Bible et une attitude de vie.

Je me souviens d’un jeune père de famille de 33 ans que j’ai accompagné jusqu’au bout. Il me demandait d’appeler ses parents pour qu’ils ne viennent pas le voir à l’hôpital. Ceux-ci venaient une fois par semaine, le jour où leur belle-fille ne venait pas, non pas pour se relayer au chevet du malade mais bien parce qu’ils ne voulaient pas la voir. Ce jeune patient me  disait en me parlant de ses parents : « Je ne veux pas les voir ils sont comme des bêtes malfaisantes qui me vident de mon sang » (il est mort d’une maladie du sang). Je lui ai posé la question de savoir pourquoi il continuait à rester en relation avec eux et il m’a répondu : « parce qu’il est écrit dans la Bible qu’il faut respecter ses parents ».

 J’ai observé un nombre incalculable de cas de ce genre, plus ou moins dramatiques, où la personne s’enferme dans une interprétation qui la limite, qui l’inhibe ou qui la tue.

 Je prends un autre exemple :

Une dame me disait : – « Moi je prie Jésus toute la journée ainsi il ne m’oubliera pas. » Effectivement Jésus ne l’a pas oubliée et elle est morte très rapidement.

 Ces enfermements dans une interprétation erronée des textes ou dans une croyance qui crée un arrêt sur image dans le psychisme, conduit toujours à des conséquences négatives car le mouvement intra-psychique n’existe pas ou n’existe plus.

 Isha, notre inconscient, dépend donc de Ish, de notre conscient, de la responsabilité que nous avons à étudier correctement pour ne pas avoir à imposer à notre subjectivité et à notre être tout entier par conséquent, des attitudes qui conduisent à l’échec et à la destruction.

Car effectivement notre inconscient dépend de la capacité de notre conscient à le nommer correctement et à agir en conséquence. Dans le Judaïsme il existe cette notion de « Pikouar Nefesh » (sauver des vies) où il est permis de transgresser toutes les lois pour « sauver la vie ». Mais ces notions ne sont comprises que dans l’extériorité. Or, dans notre relation à nous-mêmes nous devons apprendre à nous préserver des relations destructrices en règle générale et plus particulièrement avec nos proches si ceux-ci nous sont véritablement nocifs.

 Dans les 10 paroles il est écrit : « tu respecteras le shabbat » avant « tu respecteras tes parents » et le mot « Caved » qui est traduit en français par « respect »signifie en hébreu  « lourd ». Je dis souvent à mes patients qu’il faut savoir donner à ses parents leur juste poids. Si ce sont des gens fins et intelligents et que nous en sommes jaloux parce que nous n’arrivons pas à les égaler, il faut pouvoir le nommer en vérité et si ce sont des personnes qui cherchent à obtenir notre sujétion à force de chantage affectif, il faut aussi pouvoir le nommer comme il se doit. 

 Notre libération viendra de notre capacité à nommer le plus justement possible, le mal, la perversion, le mensonge, la distorsion, etc. Le fait de nommer, de conscientiser, de mettre à l’extérieur de soi, nous libère des effets destructeurs de ce qui est pris pour de la Vérité et qui n’en est pas.  C’est-à-dire qu’il faut sortir des croyances, des a priori de pensée, pour accéder à la Vérité, à notre vérité.

 Ce travail est ce qu’on appelle un travail de connaissance car il est question de co-naître, de naître à soi-même. Et si nous pouvons nommer le mal et la perversion c’est bien que nous détenons, en nous, au plus profond de nous, un maître-étalon de justice, de justesse, de vérité. Le critère par excellence de La position Ethique.

 Et c’est donc cette partie dite masculine, consciente en nous, hommes et femmes, qui peut décider d’aller vers l’autre partie de lui-même/d’elle-même, son intériorité pour la co-naître. Pour naître avec elle.

On retrouve ce fonctionnement dans l’expression et l’homme connu sa femme pour exprimer le fait qu’un homme a eu des relations sexuelles avec sa femme. Jamais il n’est dit qu’une femme a connu son homme pour exprimer une relation sexuelle abordée du point de vue féminin. C’est la fonction masculine de l’être humain qui permet de co-naître, de naître à la connaissance de son intériorité.

Je vous cite maintenant la suite du passage de Béréchit :

 C’est pourquoi Ich (le masculin en nous),  abandonnera son père et sa mère, il se collera à son icha, (son intériorité) et ils deviendront une seule chair. Or, ils étaient tous les deux nus, l’être humain et son féminin (Adam vé ichto) et ils n’en éprouvaient point de honte.

 Ce passage est très important pour nous montrer plusieurs choses :

 Premièrement qu’à l’origine l’être humain ne faisait qu’un avec son inconscient, avec son intériorité. Ils étaient transparents l’un à l’autre. Le midrach dit qu’à l’origine l’être humain avait un corps de lumière : ??? avec un aleph.

Ce corps de lumière fut transformé après la faute en un corps de chair : ???avec un aïn A l’origine nous avons une création archétypale de l’être humain avec le aleph qui symbolise le divin et ensuite nous entrons dans l’histoire, après la faute, avec le mot « Or », « peau », ??? avec la lettre Aïn qui symbolise l’oeil, la source, l’intériorité, en un mot un obscurcissement car l’oeil ne peut voir que l’extériorité et non plus l’intériorité comme aux origines.

 Ce texte nous renseigne également que le fait qu’à l’origine (c’est-à-dire quand tout est bien en place et que l’histoire n’a pas encore commencé) il n’y a pas de culpabilité.

Une fois que l’histoire a commencé et que nous sommes pétris de culpabilité, c’est-à-dire d’écart à nous-mêmes, il va falloir assumer notre réalité, nous responsabiliser afin de travailler à réduire l’écart à nous-mêmes et revenir (Techouva) à cet état de l’origine, processus asymptotique s’il en est, c’est-à-dire vers lequel on doit tendre mais que l’on atteint jamais. Et pour ce faire il convient de nommer les choses justement. Si nous avons des parents manipulateurs il va falloir oser se le dire et peut-être les quitter si c’est trop engluant et par conséquent on va devoir assumer l’énorme culpabilité qu’il y aura à se privilégier, à choisir la vie, c’est-à-dire choisir pour soi un contexte où notre vie pourra s’épanouir plus pleinement. 

 Et en troisième lieu ce passage souligne  également le fait qu’il est nécessaire de quitter ses parents ; mais le mot employé ici est encore plus fort ????? « abandonner ». De quoi  s’agit-il ici ? non pas de les abandonner au sens objectif et concret du terme puisqu’il est écrit quelque part ailleurs qu’on doit assister ses parents dans leur vieillesse ; mais bien plutôt d’abandonner une référence affective à ses parents, pour se donner les moyens d’accoucher d’une identité spécifique : la nôtre.

Il me vient là l’exemple contradictoire d’un homme jeune que j’ai accompagné dans sa fin de vie. Il me disait que son grand désir avait toujours été de voyager. « Quand j’ai fait mon service militaire, me disait-il, on nous a proposé de partir en Nouvelle Calédonie, j’ai exulté. Et puis tout de suite après j’ai pensé à mes parents et je me suis dit que je ne pouvais pas leur faire ça et quand il a fallu lever la main je me suis retenu de toutes mes forces pour ne pas la lever. »

Ce souvenir me touche encore beaucoup car je le trouve d’une infinie tristesse. Il est tellement caractéristique de vies gâchées quand on ne sait pas comment quitter ses parents.

Il me vient un autre souvenir : celui d’une jeune femme hospitalisée pour une leucémie aigue et qui me racontait que quand elle rentrait chez sa mère elle voyait sur le réfrigérateur des post-it indiquant  par exemple « en cas de décès contacter X ou Y » ou encore elle trouvait une adresse de pompe funèbre ou encore elle me disait que sa mère lui demandait ce qu’elle souhaiterait faire de ses affaires…. Au cas où ? 

Elle me disait : « bien sûr je comprends ma mère qui se prépare à mon décès mais quand même ça me fait drôle car j’ai l’impression qu’elle n’envisage pas une seconde que je puisse vivre ».

 Mon expérience de psychologue dans un service de cancer du sang m’a beaucoup appris sur la vie, sur la manière de la développer, de la vivre vraiment et authentiquement. Car j’ai très souvent observé qu’il est plus facile de faire des choix de mort, de se rendre coupable plutôt que responsable, ce qui constitue une terrible erreur. Car la culpabilité et la mort qui en est la conséquence logique s’origine dans l’absence de responsabilité. Regardez comme l’être humain, Adam, se décharge de sa responsabilité en accusant cette partie de lui-même qu’il ne reconnaît plus comme lui appartenant. « cette Isha que tu as prise de moi, c’est elle qui est la faute de tout » et en mots d’aujourd’hui : « ce n’est pas moi, je ne l’ai pas fait exprès, c’est un acte manqué, ce sont les circonstances, c’est de sa faute si je me comporte ainsi, il n’a qu’à pas m’agresser, me tromper, etc…»

Nous n’assumons pas nos difficultés de vie, nos erreurs, nos échecs, et par conséquent nous ne pouvons pas les rédimer, les réparer, les comprendre, les dépasser. Puisque nous les attribuons à l’autre : au conjoint, au patron, aux circonstances, etc… Jacques Brel s’exprime poétiquement ainsi : « Ils ne voient plus dans leurs enfants que les défauts que l’autre y laisse. »

Et c’est bien pour cela que nous aimons l’autre comme nous-mêmes, c’est-à-dire mal, puisque nous le rendons responsable des difficultés que nous vivons. Alors que si nous sommes capables d’aimer ce processus de vie qui nous conduit à sortir de notre déterminisme en progressant dans la connaissance  nous ne pourrions plus accuser l’autre de ce qui nous gêne, de ce qui nous entrave.

 C’est notre intériorité, non connue, non reconnue, non nommée, que nous attribuons à l’autre. En psychologie nous appelons cela un phénomène de projection. Nous projetons sur l’autre ce que nous ignorons de nous-mêmes et généralement ce que nous ignorons de nous-mêmes c’est le négatif, le mal, le problème, le conflit.

Ainsi pour aimer son prochain comme soi-même il faut s’aimer soi-même, se respecter soi-même, respecter ses limites, ses qualités, ses défauts, en un mot les limites de notre personnalité et faire avec. Et pour cela il faut donc se co-naître, connaître quel est le mal en nous, connaître ce qui est mal dit (maladie : ce que le mal a dit) en nous. Rendre conscient toute la négativité qui m’habite pour ne plus avoir :

–       à en subir les conséquences,
–       ne plus avoir à la projeter sur l’autre.
–       à la compenser par une attitude inverse : si j’ai été humilié je deviendrais autoritaire, si j’ai été critiqué je deviendrais révolutionnaire, si on m’a menti je deviendrai manipulateur, etc.

.Il est bien dit dans la Torah que nous sommes créés dans la dualité et cette dualité doit être assumée. De même dans les deux passages que je vous ai cités : « je mets face à toi, la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction et tu choisiras la Vie. » La vie ne peut se choisir qu’en intégrant ces deux valeurs : le bien et le mal.

Si  nous voulons vivre seulement sur les valeurs jugées par nous : positives, nous refoulerons ce que nous estimons être négatif. Et dieu sait que le fait d’avoir été rabaissé, humilié, rejeté, pas respecté, trompé, etc… tout ceci fait parti des valeurs négatives. Pourtant ce sont ces blessures-là qu’il nous faudra accepter comme étant les nôtres :

–       pour cesser d’y être soumis inconsciemment,

–       et pour cesser de compenser cette inconscience par une attitude opposée inverse et excessive. C’est l’exemple d’enfants battus qui deviendront des parents maltraitants ou de « gens biens » ayant une « bonne éducation » et une « grande culture » qui deviennent des dirigeants « nazis ».

Le problème c’est que nous arrivons au monde comme un puzzle dans sa boite. Tout est Tohu VaBohu, tout est sans dessus-dessous. Et il va nous falloir construire notre vie, notre puzzle. Actualiser dans la concrétude de la vie notre projet personnel (dont nous sommes au tout début de notre existence totalement inconscient).

 Au cours de notre vie nous développons  notre conscience, nous apprenons, si ce n’est  à nous connaître, tout au moins à nous définir. Cette définition se fait au sein d’un groupe dont petit à petit nous nous distinguerons afin de pouvoir établir une relation avec les autres membres du groupe humain. S’il existe une fusion entre nous et l’autre, aucune relation au sens plein du terme ne peut avoir lieu. S’il y a fusion il y a rapport de pouvoir ; c’est qu’il existe des problématiques compensatoires du genre :

–       dominé/dominant
–       sadique/masochist-
       timide/autoritaire
–       etc.

 C’est-à-dire qu’une unité se créé, non pas à l’intérieur d’un individu, mais il faut deux individus pour faire Un. C’est-à-dire que la dialectique qui permet l’ajustement à la réalité, à savoir que parfois il faut pouvoir être dominant et parfois il faut accepter d’être dominé, ne peut se faire. Une perversion de ce processus est en place. Puisque les deux pôles du fonctionnement psychique ne peuvent être vécus par une seule personne, la personne qui affiche une attitude autoritaire sera inconsciemment inhibée et celle qui est extérieurement timide sera inconsciemment violente. Et ces personnes rencontreront dans la vie des personnes qui manifesteront extérieurement l’aspect refoulé d’eux-mêmes. 

 Prenons un exemple : un enfant inhibé par la violence parentale pourra devenir un adulte inhibé, timide et soumis qui rencontrera un conjoint autoritaire. Mais dans des circonstances permissives il pourra se transformer en bourreau et faire subir à d’autres ce qu’il aura subi lui-même. Une femme battue dans son enfance rencontrera un homme violent mais elle pourra également être violente vis-à-vis de ses enfants, etc…

Cette notion de dualité est essentielle à comprendre car c’est à partir de deux qu’on nous demande de faire Un. On ne peut pas avancer sur le chemin sur un seul pied. Il nous faut bien avancer un pied puis un autre, donc les utiliser tous les deux si nous voulons aller quelque part. Tantôt être actif, tantôt accepté d’être passif, savoir vivre selon toute la gamme des sentiments, tant positifs que négatifs, en sachant gérer ses derniers.

 Dans la Torah il est écrit que l’Eternel distingue la lumière des ténèbres et qu’il les nomme « jour » et « nuit »; or, dans notre conception des choses quand nous allumons la lumière dans une pièce cette lumière chasse l’obscurité. Et là où la lumière existe les ténèbres ne se tiennent pas. Or, dans la Torah les deux existent, co-existent, en une séparation qui n’en est pas une puisque nous passons de l’un à l’autre sans rupture. Telle la bande de Moebius dans la théorie lacanienne. (vous prenez un ruban dont vous joignez les deux bouts après avoir opéré une torsion d’un côté. En passant votre doigt sur le tissu vous vous apercevez qu’il n’y a plus d’intérieur ni d’extérieur. Votre doigt parcours les deux côtés qui n’en font plus alors qu’un seul.)
Cette notion de distinction sans rupture est essentielle. Elle est constitutive du fonctionnement de la créature car c’est la distinction qui créé la Relation. Pour qu’il y ait distinction il faut qu’il y ait une limite et cette limite c’est le fait de la nommer qui la créée.

Aussi faut-il savoir nommer les choses en vérité :

–       être humble ne signifie pas être modeste. Il est dit de Moïse qu’il était le plus humble des hommes et pourtant il n’existe pas de plus grand leader au monde.
–       Lâcher prise ne signifie pas laisser aller,
–       La connaissance n’est pas le savoir,
–       Le paradoxe n’est pas une contradiction,
–       Et l’autorité n’est pas le pouvoir,
–       L’individualité n’est pas l’individualisme,
–       Chercher du sens ce n’est pas donner une explication
–       la foi n’est pas la croyance,
–       l’intégrité n’est pas l’intégrisme,
–       Etc.

« Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde » (Albert Camus)

 Savoir correctement nommer les choses, les événements, est essentiel pour échapper à la manipulation. Or, à l’heure actuelle l’arme de destruction massive qui est utilisé par nos ennemis est justement la manipulation du langage. Si un mot est  employé à la place d’un autre, cela entretient une confusion et si vous n’avez pas fait la lumière en vous vous ne pourrez pas distinguer le mensonge qui s’exprime derrière des mots séducteurs.

Nous avons de multiples exemples de manipulation du langage dont le plus paradigmatique est l’inscription au dessus de l’entrée des camps de concentration : « le travail rend libre ».

A l’heure actuelle il suffit de lire un article sur Israël écrit par un journaliste français pour comprendre de quoi il retourne.

 L’ETERNITE DE LA TORAH ET LE MYSTERE DU NOM

 Avant que la psychologie n’existe la Torah existe et elle nous enseigne les grandes lois qui régissent notre Etre.

 Dans la prière « le Shmoné Esré » il est dit  que le tétragramme ressuscite les morts, soutient ceux qui tombent, guérit les malades,  libère les prisonniers, etc… ???? ????, ???? ?????? ????? ?????, ????? ??????,

 N’est-ce pas là, en langage différent, ce que prétend faire toute thérapie : faire revivre en nous les aspects morts de notre personnalité, nous soutenir quand nous sommes désespérés, nous guérir quand nous sommes malades et nous libérer quand nous sommes enfermés dans nos problématiques ?

On nous dit dans le texte Biblique que c’est le tétragramme qui accomplit toutes ces choses. Comme nous savons que la vie n’est pas un conte pour enfant nous devons en déduire que le tétragramme nécessite une définition sérieuse.

 Le tétragramme c’est ce qui se révèle à Moïse dans Chemot § 3 : « Moïse dit à Dieu : « Or, je vais trouver les enfants d’Israël, et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous…. S’ils me disent : Quel est son nom ? Que leur dirai-je ? » Dieu répondit à Moïse : Je serai ce que Je serai.  

« Va libérer les hébreux d’Egypte » ! Cette phrase vient  faire écho à la parole dite à Abraham « va vers toi-même, lekh lekha, et tu verras bien ce qui se passera».

Ce tétragramme donc se définit comme un mouvement, comme un processus. N’est-ce pas exactement ce qui se passe quand nous entrons en thérapie ?  Nous entrons dans un processus qui nous conduit à mettre en lumière des aspects non encore actualisés de notre personnalité et qui nous conduit sur des chemins dont nous n’aurions pas pu imaginer qu’il puisse un jour nous amener là où nous sommes et à faire ce que nous sommes en train de faire. 

C’est pour cette raison bien évidemment qu’on nous dit dans le Judaïsme qu’on ne peut pas  nommer ce tétragramme. Car nommer c’est définir, c’est arrêter. Or, un mouvement qui va vers…. un but créatif et par conséquent inconnaissable par avance, ne peut être nommé.

 Dans le texte la parole est  adressée à Abraham puis à Moïse, c’est-à-dire à des êtres humains qui ont des vies différentes, des buts différents, des destins différents.  C’est-à-dire que le processus n’est pas seulement un mouvement dans l’absolu qui vaut pour tout le monde mais aussi qu’il s’incarne de manière spécifique selon les différentes personnalités.

Un mouvement est une abstraction. Mais un processus c’est déjà une spécificité.

 Cette manière spécifique et différente pour chacun d’entre nous d’incarner un mouvement de vie, s’exprime dans le Judaïsme de manière très intéressante : le tétragramme est appelé « Hachem », c’est-à-dire « le nom ». Quel nom ? Nous venons de dire qu’il ne devait pas être nommé.

En fait, cela pour nous dire que le tétragramme est un signifiant absolu qui ne revoit  à aucun signifié.

Vous savez que l’articulation signifiant/signifié constitue le langage. Si je dis « table » vous vous représentez l’objet « table », vous faites un lien entre le mot que vous avez entendu et l’objet qu’il représente. Si je dis « voie lactée », ou « atome »,  bien que vous n’ayez pas vu de vos propres yeux ce que j’ai exprimé dans ces mots, vous pouvez faire un lien avec un savoir acquis. Si je dis « peur » vous pouvez faire un lien avec une expérience de peur, etc…. Mais quand on dit « HaShem » on ne peut faire de lien avec rien. Ce mot est la case vide qui permet à toutes les lettres de s’organiser de manière originale selon la créativité de chacun.  Ce mouvement de vie, ce mouvement d’aller vers soi-même s’organisera selon la spécificité de chacun. De chacun de ceux  qui choisiront d’entrer  dans ce processus d’aller vers… soi-même.

Car comme nous l’observons, tout le monde n’entre pas dans un processus de recherche de sens. Ceci est plutôt réservé à ce qu’on appelle dans la tradition « les âmes juives ». Et ces âmes juives n’habitent pas toujours des corps juifs…..

 Ce « va vers toi-même » et « je serai ce que je serai » ne nous propose pas une  action sur l’extériorité uniquement, mais l’action sur l’extériorité n’est que l’expression, la mise en forme concrète, d’une position psychique particulière.

Cette articulation intériorité/extériorité dans un mouvement vers…. fait de nous Basar Ehad, une seule chair.  

 En conclusion, mais comment peut-on conclure car tout est à entreprendre au contraire, pourtant je voudrais dire qu’à moins de faire de la Torah une idole de plus, la Torah nous parle de nous, de notre vie. Elle est notre mode d’emploi pour développer la vie en nous et autour de nous. Mais ce mode d’emploi est compliqué, je dirai même que c’est de l’hébreu et je vais devoir  travailler à l’interpréter pour que le  message puisse fasse sens en moi.

 Les notions qui sont pour moi les plus importantes sont les suivantes :

–       La prise en compte de notre intériorité pour agir dans l’extériorité de façon moins conflictuelle,
–       comprendre que nous sommes dans un monde complexe et mystérieux et qui a du sens,
–       que la recherche du sens est infinie, éternelle, et que nous ne devons pas nous arrêter en chemin, pour nous installer dans des croyances, ou des investissements de vie anecdotiques,
–       que nous sommes installés dans un déterminisme que nous pouvons dépasser si nous savons comment exercer notre libre-arbitre. Moïse ne disait-il pas aux hébreux : « ou vous acceptez la Torah ou je  renverse la montagne sur vous », c’est-à-dire : « ou vous accepter de rechercher le sens de vos vies ou vous tournerez de façon stérile dans l’obscurité de vos déterminismes ».

Ce qui m’importe également c’est :
–       que nous devons penser par nous-mêmes et prendre le risque de nous tromper pour nous donner une chance de nous trouver (comme le dit Rabbi Nachman de Braslav),
–       et que grâce à tout ce cheminement vers nous-mêmes nous pouvons nous redresser, nous ressusciter, nous guérir, comme nous le promet le Schmoné Esré.
–       En un mot : sortir de la Galout, de l’exil, pour vivre en Erez Israël ne se résume pas à l’aspect concret et objectif des choses mais bien plus profondément au fait de sortir de l’apparence des idées fausses pour trouver sa parole de vérité personnelle et assumer son identité spécifique.

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