BNP Paribas, une affaire politique et Crise diplomatique autour de BNP Paribas

Ecrit par Alain Zeitoun sur . Publié dans ,

 

Pierre-Alexandre Sallier, journaliste au service économie du quotidien suisse Le Temps, réagit à la pénalité record que la justice américaine veut imposer à la banque française BNP Paribas.

Courrier international

http://www.courrierinternational.com/article/2014/06/04/bnp-paribas-une-affaire-politique

4 juin 2014

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Courrier international – Pourquoi les procureurs américains s’en prennent-ils à BNP Paribas ?
Pierre-Alexandre Sallier

BNP Paribas [qui est menacée de sanctions pour avoir procédé à des transactions avec trois pays soumis à l’embargo américain] n’est pas la seule banque visée. Plusieurs banques européennes, comme RBS Credit Suisse, ING, Standard Chartered ou encore HSBC, ont également été visées par la justice américaine pour avoir enfreint d’une façon ou d’une autre les sanctions américaines à l’encontre de pays figurant sur leur liste noire et ont déjà payé des amendes. De façon plus générale, on peut penser qu’il y a un durcissement de la politique américaine à l’encontre des banques étrangères. Fin février, une commission sénatoriale a clairement reproché aux responsables du ministère de la Justice à Washington de ne pas avoir été assez sévère à l’encontre des banques.

Pourquoi l’amende contre BNP Paribas (10 milliards de dollars et une suspension pour plusieurs mois de ses activités de compensation en dollars basées à New York) est-elle si élevée ?
Ce dossier est suivi depuis plusieurs années par la justice américaine. On ignore à l’heure actuelle l’acte d’accusation. Il y a quelques jours, The Wall Street Journal a mis l’accent sur la façon dont les sanctions à l’encontre du Soudan auraient été contournées de manière systématique. En contournant les règles d’embargo américaines dans le cadre d’activités de financement, la banque a défié la politique étrangère américaine, notamment au Moyen-Orient. Ce qui peut expliquer le montant de l’amende : ces faits sont considérés comme plus graves que d’avoir, comme Credit Suisse, favorisé l’évasion fiscale de contribuables américains.

Le gouvernement français peut-il sauver la banque ?
The New York Times, qui rapportait le 3 juin l’immixtion de l’Elysée dans le dossier, titrait : “Les Français tordent le bras aux Etats-Unis”. Mais on peut se demander qui tort le bras à qui. Le journal explique que cette affaire est strictement judiciaire et que l’intervention française bafoue l’indépendance de la justice américaine. En réalité, le dossier est aussi politique. En Suisse, le gouvernement a essuyé beaucoup de critiques pour ne pas avoir mieux défendu ses banques. Tous les regards sont braqués désormais sur Paris : la France réussira-t-elle, par sa diplomatie, à aider sa banque ? A lire la presse américaine, elle semble pour l’heure en mauvaise posture.

 

Crise diplomatique autour de BNP Paribas

La banque française est sous le coup d’une enquête du gouvernement américain pour infraction à ses lois. Au-delà d’une crise économique, l’enquête menace l’équilibre diplomatique entre la France et les Etats-Unis.

(c) Courrier international – article original ici: http://www.courrierinternational.com/article/2014/06/03/crise-diplomatique-autour-de-bnp-paribas

3 juin 2014

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La Défense, juin 2009 -AFP/Loïc Venance AFP

La BNP Paribas doit au gouvernement américain une amende record de 10 milliards de dollars, rapporte le New York Times en couverture ce mardi. La banque est accusée de faire des affaires avec des Etats tels que le Soudan ou l’Iran, sous le coup de sanctions américaines. En conséquence, les hauts dignitaires français montent tous au créneau pour défendre la première banque française. François Hollande lui-même contactait la Maison Blanche cette semaine.

Le New York Times analyse la situation sur le plan diplomatique : “Contrairement aux dossiers qui se concentrent uniquement sur la loi et l’étendue des infractions, l’enquête sur la BNP a enflammé les tensions diplomatiques et dressé le gouvernement français contre les autorités américaines.”

Forbes pointe aussi sur cette impression d’une vendetta à l’encontre des banques européennes : “la dominance des banques européennes sur la liste noire des organismes de régulation US est en effet notable”. Mais le quotidien explique cet état de fait : “Les délits pour lesquels ces banques ont été poursuivies ne sont pas forcément des délits dans leurs pays d’origine”. En effet Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, déclarait la semaine dernière que les actions de la BNP étaient conformes aux lois françaises et européennes.

Le magazine concède que la solution diplomatique serait de donner l’impression d’inspecter aussi sévèrement les banques américaines que françaises. Mais “c’est un fait que les banques européennes sont un vrai bazar et que les régulateurs européens ont été inefficaces” affirme le journal. Forbes conclut “ce n’est dans l’intérêt de personne que les banques européennes restent corrompues. Et en essayant d’y faire le ménage, les régulateurs américains sont en train de rendre service à tout le monde”.

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